Donnée archivistique et fait mémoriel

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L’historien dépend de la consignation

Prenons appui sur les cas 5, 6 et 7. Projetons-nous dans deux ou trois cent ans.

L’historien se penche sur l’assassinat d’un commis voyageur dans les années 1850, puis sur la tentative d’homicide de Damiens contre Louis XV en janvier 1757, puis sur l’exécution d’un suppôt du crime organisé et du capitalisme mafieux par un brigadiste, un actionniste ou un baderiste dans les années 1970.

Nous partons du principe, très réaliste au demeurant, que les enregistrements archivistiques de ces affaires existeront toujours dans deux ou trois cents ans.

Notre historien fait sa recherche, il trouve, il écrit, il est fort content de son travail.

Il apparaît que la permanence de l’enregistrement archivistique est une donnée factuelle de base, aussi factuelle que le fait auquel l’historien applique son regard.

L’historien dépend de cette consignation pour y poser son regard.

Mais ce regard est une lecture transcendante des faits, qui ne saurait être assimilée ni aux faits ni à leur poids affectif ou mémoriel.

 

Un abime jusqu’à l’imaginaire mémoriel

Laissons l’homme de l’art à d’autres recherches que lui dicte  sa passion, l’Histoire.

Notre question : pouvons-nous prédire la rémanence mémorielle de chacun de ces trois faits dans l’imaginaire du peuple français à ce même horizon ?

Dans le cas 7, nous pensons être apte à le faire.

Mais dans les cas 5 et 6, bien malin qui pourrait le dire. Nous ne nous sentons pas assez visionnaire pour y parvenir.

Seul est quasi-certain que l’assassinat d’un commis voyageur dans les années 1850 n’atteindra jamais la dimension mémorielle.

Déjà de nos jours, l’acte de Damiens doit être produit pour être évocateur. Il n’est guère spontanément évoqué. Un abîme s’étend jusqu’au mythe fondateur.

L’oubli total des cas 5 et 6 et 7 par la mémoire populaire n’est nullement impossible.

Mais gardons-nous de conclure à la place du temps souverain, des figures mémorielles se sont forgées dans l’Histoire récente. Pensons par exemple à Louis Pasteur.

En conclusion, la préservation de l’enregistrement des faits n’a strictement rien à voir avec la mémoire ni avec la dimension mémorielle.


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